
Quand Martine m’a appelée l’année dernière, sa première question a été : « Est-ce qu’ils vont vraiment s’occuper de ma mère, ou je vais devoir continuer à tout gérer ? » Elle était épuisée. Trois ans à coordonner les passages de l’infirmière libérale, du kiné, du médecin traitant. À rappeler la pharmacie pour les ordonnances. Cette fatigue-là, je la reconnais à chaque appel des familles franciliennes que j’accompagne.
La vraie question derrière la vôtre, c’est celle-ci : votre proche sera-t-il mieux soigné en EHPAD qu’à domicile ? Et surtout, qu’est-ce qui sera réellement pris en charge, et par qui ? Voici ce que j’observe sur le terrain parisien depuis plusieurs années, loin des discours institutionnels.
- Le forfait soins (payé par la Sécu) couvre infirmiers, aides-soignants et médecin coordonnateur
- Lunettes, appareils auditifs et certains kinés restent à votre charge
- Votre proche peut garder son médecin traitant, mais peu se déplacent en EHPAD à Paris
- Une équipe soignante est présente 24h/24, le SAMU intervient pour les urgences graves
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif sur le fonctionnement général des soins en EHPAD. Chaque établissement a ses spécificités. Consultez directement les EHPAD visités et le médecin traitant de votre proche pour une évaluation personnalisée.
Ce que le forfait soins couvre vraiment (et ce qui reste à votre charge)
La première surprise des familles que j’accompagne à Paris ? La facture. Pas celle de l’hébergement — ça, elles l’avaient anticipée. Non, les petits suppléments qui s’ajoutent chaque mois. Les appareils auditifs de maman. Les séances de kiné non conventionnées. Les lunettes cassées.
Soyons clairs sur ce que couvre le forfait soins. Selon les informations officielles sur le forfait soins, ce tarif journalier est intégralement pris en charge par la Sécurité sociale. Vous ne le voyez même pas passer sur la facture. Il finance les soins quotidiens : pansements, injections, distribution des médicaments, surveillance de nuit.
Là où ça se complique, c’est pour tout le reste. Dans mon accompagnement de familles parisiennes, je constate régulièrement une confusion sur ce qui est réellement inclus. La surprise à la première facture peut atteindre 150 à 300 €, notamment pour les équipements auditifs ou optiques. Ce constat est limité aux établissements que j’accompagne en Île-de-France.
| Type de soin | Inclus dans le forfait | Reste à charge estimé |
|---|---|---|
| Soins infirmiers quotidiens | Oui | 0 € |
| Aides-soignants (toilette, repas) | Oui | 0 € |
| Médecin coordonnateur | Oui | 0 € |
| Lunettes et montures | Non | 50 à 300 € selon mutuelle |
| Appareils auditifs | Non | Variable selon 100% Santé |
| Kinésithérapie (libéral non conventionné) | Parfois non | 30 à 80 €/mois |
Petite précision importante : depuis juillet 2025, 23 départements expérimentent la fusion du forfait soins et du tarif dépendance. Paris n’en fait pas partie, mais la Seine-Saint-Denis oui. Si votre proche est dans le 93, les règles peuvent différer légèrement.
Attention aux conventions kiné : Avant l’admission, demandez explicitement si le kinésithérapeute intervenant est conventionné avec l’établissement. C’est souvent flou dans les contrats, et c’est là que les familles se font avoir.
Qui soigne votre proche au quotidien en EHPAD ?
J’entends souvent cette question : « Mais concrètement, qui s’occupe de ma mère ? » Pas le nom des soignants — ça, vous le découvrirez sur place. Plutôt : quels professionnels, combien, et à quelle fréquence.

L’équipe soignante présente 24h/24
Le socle, ce sont les aides-soignants. Ce sont eux que votre proche verra le plus. Toilette du matin, aide aux repas, coucher. Selon le rapport du Sénat 2024, le taux d’encadrement soignant était de 3,7 équivalents temps plein pour 10 résidents en 2019. L’objectif affiché est d’atteindre 4,5 ETP pour 10 résidents d’ici quelques années, soit une hausse de 19 %. On n’y est pas encore.
Les infirmiers diplômés assurent les actes techniques : injections, pansements, surveillance des constantes, distribution des traitements. Leur présence varie selon les établissements. Certains EHPAD parisiens ont une infirmière de nuit, d’autres fonctionnent avec une astreinte téléphonique. C’est une question à poser absolument lors de la visite.
Pour les familles qui comparent avec le maintien à domicile : en EHPAD, vous n’aurez plus à appeler vous-même une infirmière pour injection d’insuline ou à coordonner les passages. L’équipe est là, structurée, avec des transmissions entre les équipes du matin et du soir.
Le médecin coordonnateur : chef d’orchestre des soins
C’est le professionnel le plus mal compris par les familles. Non, le médecin coordonnateur n’est pas le médecin traitant de votre proche. Du moins, ce n’était pas le cas jusqu’à récemment.
Changement majeur en 2025 : Selon le décret du 4 septembre 2025, le médecin coordonnateur peut désormais assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent et réaliser des prescriptions. Avant, il ne pouvait que coordonner. Cette évolution change la donne pour les résidents dont le médecin traitant ne se déplace plus.
Son rôle principal reste la supervision : élaborer le projet de soins personnalisé, organiser les interventions des différents professionnels, faire le lien avec l’hôpital en cas d’hospitalisation. C’est lui que vous rencontrerez lors de l’admission pour discuter des besoins médicaux de votre proche.
Les professionnels libéraux qui interviennent
Kinésithérapeutes, orthophonistes, pédicures-podologues, psychologues. Ces professionnels interviennent selon les besoins, souvent sur prescription. Certains sont salariés de l’EHPAD, d’autres sont libéraux et passent une ou deux fois par semaine.
Franchement, c’est là que les situations sont les plus variables d’un établissement à l’autre. Un EHPAD du 15ème arrondissement avec lequel je travaille a un kiné salarié à mi-temps. Un autre dans le 20ème fait appel à des libéraux qui facturent en plus. Même arrondissement, règles différentes.
Et mon médecin traitant dans tout ça ?
La question qui revient le plus souvent dans mes échanges avec les familles. Sur le papier, votre proche a le libre choix de son médecin traitant. En pratique ? C’est plus compliqué.
Beaucoup de médecins généralistes parisiens ne se déplacent plus en EHPAD. Trop chronophage, pas assez rentable. Résultat : le résident doit souvent changer de médecin traitant après l’admission. Ce n’est pas une obligation légale, mais une réalité de terrain.
Françoise et le suivi Parkinson de son mari
J’ai accompagné Françoise l’année dernière pour l’admission de son mari dans un EHPAD du 12ème arrondissement. Il était atteint de Parkinson avancé, avec un traitement antiparkinsonien complexe. Son inquiétude principale : le médecin traitant de son mari refusait catégoriquement de se déplacer en EHPAD.
La solution a été trouvée avec le médecin coordonnateur de l’établissement, qui a repris le suivi médical en lien direct avec le neurologue de l’hôpital Tenon. Les ajustements de traitement se font désormais par télécoordination avec le spécialiste. Ça fonctionne, mais il a fallu accepter ce changement.
Trois scénarios possibles selon ce que j’observe :
- Votre médecin traitant accepte de se déplacer : c’est l’idéal, mais c’est rare à Paris. Demandez-lui avant l’admission.
- Le médecin coordonnateur devient médecin traitant : depuis le décret de septembre 2025, c’est officiellement possible si le résident le souhaite.
- L’EHPAD a des médecins généralistes partenaires : certains établissements ont des conventions avec des médecins qui acceptent de suivre les résidents.
Mon conseil : abordez ce sujet dès la première visite. C’est révélateur de l’organisation de l’établissement.
Urgences, nuits et week-ends : comment ça se passe ?
C’est l’angoisse numéro un des familles. Que se passe-t-il si ma mère fait un malaise à 3h du matin un dimanche ? Qui intervient ?

Première chose à savoir : une équipe soignante est présente en permanence, même la nuit. Aides-soignants a minima, parfois infirmière de garde selon les établissements. En revanche, il n’y a pas de médecin sur place 24h/24 — c’est la réalité de tous les EHPAD, pas seulement à Paris.
Pour les situations d’urgence grave, c’est le SAMU-Centre 15 qui intervient. Selon les recommandations HAS sur les urgences, chaque résident doit avoir un dossier de liaison d’urgence (DLU) accessible à tout moment. Ce document résume l’historique médical, les traitements en cours, les directives anticipées. Il est transmis au médecin urgentiste pour éviter les erreurs.
L’ARS Île-de-France a d’ailleurs diffusé 20 protocoles d’urgence spécifiques aux EHPAD, couvrant les situations les plus fréquentes : chute, malaise, détresse respiratoire. Les équipes sont formées pour détecter les signaux d’alerte et transmettre les bonnes informations au SAMU.
Conseil terrain : Lors de votre visite, demandez si l’établissement a une infirmière de nuit en présentiel ou seulement en astreinte téléphonique. C’est une différence majeure pour la réactivité en cas d’urgence. Les EHPAD parisiens haut de gamme ont généralement une présence infirmière 24h/24, mais ce n’est pas systématique.
Pour identifier un établissement adapté aux besoins de votre proche, vous pouvez consulter les EHPAD dans le 12ème arrondissement de Paris ou dans l’arrondissement qui vous convient, puis poser ces questions lors des visites.
Les 5 questions à poser lors de votre visite
Je recommande toujours aux familles d’arriver préparées. Voici les questions qui, selon mon expérience, révèlent le plus la qualité réelle des soins dans un établissement.
Vos 5 questions clés pour évaluer les soins
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« Combien d’aides-soignants pour combien de résidents le matin ? »
Une réponse floue est mauvais signe. Un ratio de 1 pour 8 le matin est correct. 1 pour 12, c’est tendu.
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« Y a-t-il une infirmière la nuit en présentiel ? »
Si la réponse est « astreinte téléphonique », demandez le délai d’intervention moyen.
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« Le médecin coordonnateur accepte-t-il d’être médecin traitant ? »
Depuis septembre 2025, c’est légal. Si l’établissement ne le propose pas encore, c’est qu’il n’a pas mis à jour ses pratiques.
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« Quels soins ne sont pas inclus dans le forfait ? »
Demandez une liste écrite. Si on vous répond « tout est inclus », méfiez-vous.
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« Comment êtes-vous prévenus en cas de problème de santé ? »
Un bon EHPAD a un protocole clair : appel téléphonique immédiat pour les urgences, mail ou appel pour les situations non urgentes.
Ces questions peuvent sembler directes. Elles le sont. Mais un établissement qui répond clairement, sans se défiler, est généralement un établissement bien organisé. Ceux qui éludent cachent souvent des faiblesses.
Votre mémo pour la visite
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Demander le ratio soignants/résidents par tranche horaire -
Vérifier la présence infirmière de nuit (présentiel ou astreinte) -
Obtenir la liste écrite des soins non inclus -
Rencontrer le médecin coordonnateur si possible -
Demander le protocole d’information des familles en cas d’urgence
Vos questions sur les soins médicaux en EHPAD
Mon parent peut-il garder son médecin traitant en EHPAD ?
Légalement, oui. Le libre choix du médecin est un droit. En pratique à Paris, beaucoup de généralistes refusent de se déplacer en EHPAD. Vérifiez avec le médecin traitant actuel avant l’admission, et renseignez-vous sur les alternatives proposées par l’établissement (médecin coordonnateur, médecins partenaires).
Que se passe-t-il en cas d’urgence médicale la nuit ?
Une équipe soignante est présente 24h/24 (aides-soignants, parfois infirmière). Pour les urgences graves, le SAMU-Centre 15 est appelé. Le dossier de liaison d’urgence (DLU) du résident est transmis pour informer rapidement le médecin urgentiste de l’historique médical.
Les soins infirmiers sont-ils inclus dans le prix de l’EHPAD ?
Oui, les soins infirmiers quotidiens (pansements, injections, distribution des médicaments) sont couverts par le forfait soins financé par la Sécurité sociale. Ce forfait n’apparaît pas sur votre facture car il est versé directement à l’établissement.
Qui décide des traitements médicaux de mon parent en EHPAD ?
Le médecin traitant (ou le médecin coordonnateur s’il a ce rôle depuis 2025) prescrit les traitements. Le projet de soins personnalisé est élaboré avec la famille lors de l’admission. Pour les décisions importantes, les proches sont consultés, surtout si une personne de confiance a été désignée.
Les kinés et autres spécialistes peuvent-ils intervenir en EHPAD ?
Oui. Kinésithérapeutes, orthophonistes, pédicures-podologues interviennent selon les besoins. Certains sont salariés de l’EHPAD (inclus dans le forfait), d’autres sont libéraux (parfois facturés en plus). Demandez la liste précise lors de la visite.
Ce que cet article ne peut pas vous dire
- Les soins disponibles varient d’un EHPAD à l’autre selon leur agrément et leurs conventions
- Seule une visite sur place permet d’évaluer la qualité réelle de la prise en charge
- La situation médicale de votre proche nécessite une évaluation par son médecin traitant
Pour un accompagnement personnalisé dans votre recherche, contactez le médecin traitant de votre proche ou le service Cap Retraite au 01 86 65 51 00.